• Lucie Brandsma, Robin Goupil, Loris Verrecchia
  • Lucie Brandsma, Robin Goupil et Loris Verrecchia
Une adaptation théâtrale du poème d'Arthur Rimbaud

Une saison en enfer - La jeunesse en fugue

L'adaptation d'un poème sur une scène de théâtre

 

Nous avons cherché à créer une dramaturgie en divisant le poème en trois voix principales, pour une durée d'environ 1H10

Les thématiques principales du spectacle

 

Ce poème, c'est le passage à l'âge adulte en mettant à mort son adolescence. Il est question de la religion, et d'une critique féroce de la société occidentale

Les choix esthétiques de la mise en scène

 

Nous sommes dans un clair-obscur, entre la vie et la mort, entouré de trois voix formant un choeur dialoguant avec lui-même

        La naissance du projet

 

      En découvrant ce texte, Adrien Guitton n'y comprenait pas grand chose - jusqu’à ce qu'il décide d'utiliser sans le savoir, une technique de Gustave Flaubert : «Le gueuloir». En proférant ce texte, il lui est apparu d’un coup extrêmement clair. Le verbe de Rimbaud doit être habité physiquement pour être compris et en saisir toute la puissance. 
      Puis, après avoir mûri son désir ainsi que sa réflexion quant au sens, Adrien Guitton a eu la nécessité de transmettre ce que Rimbaud a pu lui apporter : tout d’abord, cette langue sublime, physique, qui renoue avec les origines du langage, avec les auteurs antiques, et Racine. Cette langue est jeune, cette langue appelle à la vie, elle palpite comme un cœur battant en chacun de nous, et qui ne demande qu’à être découvert et considéré; mais il lui a aussi apporté une pensée qu'il résume ainsi : «Nous tendons irrémédiablement vers la joie, vers le sublime, et le seul moyen de patienter est de vivre dans le présent».
      D’autre part, il y a eu l'ambition de créer un spectacle poétique - poétique au sens le plus noble et le plus large : il s'agit d'une poésie qui fait acte, qui entre directement en résonance avec l’intériorité de chaque spectateur.

 

        En quelques mots...

 

      Arthur Rimbaud date Une Saison en enfer « Avril-août 1873 », bien que l’origine du projet semble remonter à l’année 1870. Il a 18 ans à la fin de l’écriture et il nous livre l’un des textes les plus puissants de la littérature française. Doté de la réputation d’être incompréhensible, à tort, le texte raconte le passage de l’adolescence à l’âge adulte : la mort de quelque chose et une (re)naissance douloureuse Le recueil est composé de neuf poèmes : Jadis, Mauvais sang, Nuit de l’enfer, Délires I «Vierge Folle. L’Epoux infernal», Délires II «Alchimie du verbe», L’Impossible, L’Eclair, Matin, Adieu. Il s’y met en scène faisant un voyage initiatique en enfer en avalant «une fameuse gorgée de poison». Il y revoit ses origines ancestrales, un amour mort, ses aspirations artistiques passées, ses erreurs. Toutes ces visions lui permettent de se rendre compte de sa bêtise adolescente, et de se tourner vers ses désirs réels présents, et à venir : l’Orient, le travail - la vie réelle et non rêvée en fin de compte.

      Ce texte reflète une lutte intérieure que Rimbaud mène, et que chaque être humain a menée, mène et mènera toujours, le déchirement entre l’idéal et le réel, entre le sublime et le quotidien, entre le ciel et la terre, entre avancer et reculer, entre une attirance pour le Divin et une conscience de l’Absence. C’est un recueil de poèmes autobiographique et testamentaire. Il n’écrira plus rien de semblable après, et ce sera le seul texte qu’il fera publier lui-même.

 

        Extrait de la note d'intention d'Adrien Guitton

 

Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue (...) Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra ! (...) Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus

Arthur Rimbaud

      Je crois en cette vision de la poésie et de l’art, et d’autant plus dans notre société actuelle, qui ne laisse plus au langage qu’une capacité d’échange et de communication basiques. La parole, les mots ne sont plus que la peau, l’extérieur d’un corps. Le squelette, les organes, les muscles - l’essentiel du langage - tout cela a disparu. On entend aussi que la poésie peut être difficile d’accès : en réalité elle est souvent non valorisée, ou mal considérée. La poésie n’est pourtant pas un concept intellectuel, abstrait et lointain, ni une forme désuète, ni de la joliesse, la poésie est acte et chair. Je crois en son pouvoir, réel, d’action et en sa capacité de ré-enchanter le monde. La poésie a un pouvoir d’action, qui appelle par conséquent une réaction du spectateur. Cette réaction est ce que je recherche, je souhaite que le spectateur ne soit pas un consommateur passif, mais qu’il soit actif, par l’imaginaire, et même par une réaction physique, émotive. Ce n’est qu’à la croisée des chemins entre celui proposé par l’artiste et celui parcouru par le spectateur par lui-même qu’il peut y avoir un échange humain, et donc de l’art. Pour cela, je cherche la suggestion, l’implicite, ce qui est caché pour que le spectateur ait le désir de dévoiler lui-même ce qui est voilé. 

      Afin de rendre compte de l’âme tourmentée de Rimbaud (et des êtres humains) mais aussi pour faciliter la compréhension du texte, j’ai décidé de rajouter au texte original le texte des brouillons d’Une saison en enfer.

      Enfin, la musicalité du texte, et mon souhait de faire entendre les différents sens du texte à chaque spectateur m’ont poussé à travailler avec trois acteurs, qui prennent en charge trois voix distinctes qui pourraient être les trois principaux thèmes d'Une saison en enfer : La religion, la rébellion, et l'enfance. Cette idée nous a amené à explorer le texte de Rimbaud comme une fugue à trois voix de Bach avec des contrepoints et nous avons mis au point un texte-partition permettant de se rapprocher d'un dialogue afin de se rapprocher le plus possible d'une forme théâtrale d'Une saison en enfer.

 

        Qui ?

Lucie Brandsma
Comédienne
Robin Goupil
Comédien
Loris Verrecchia
Comédien

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