Une épopée poétique de la Compagnie Phosphore

L'Aile déchirée

Adrien Guitton compose le portrait d’une jeunesse emportée par les ivresses de l’espoir et de l’idéal, une voix nouvelle et à découvrir dans l'intimité de la petite salle de l'Athénée.

Aspirant à stimuler l’imaginaire du spectateur, le jeune auteur et metteur en scène Adrien Guitton a réuni une (pas moins jeune) troupe de comédiens, pour proposer un spectacle en forme "d’apologie du présent, de la joie, et de l’action". 

L’Aile déchirée, histoire d’un espoir amoureux, se veut aussi hymne à l’amour. Convoquant tour à tour un fiancé, une promise, un coryphée et un duo de clowns, Adrien Guitton compose le portrait d’une jeunesse emportée par les ivresses de l’espoir et de l’idéal, livrée aux épanchements de l’amour, de l’alcool, de la violence du monde… "Je souhaite amener le spectateur à un endroit entre le rêve et la réalité, entre un conte et une tragédie, entre une immersion totale et une distanciation nette", écrit Adrien Guitton, voix nouvelle et à découvrir.

 

Théâtre de l'Athénée - Louis Jouvet

 

Article de Gérard Noël - Regarts

 

"Une femme aime un homme qui aime une autre femme qui aime un autre homme… Racine n’est pas loin, mais peu importe : l’auteur arrive à nous passionner avec cette simple équation. Grâce sans doute à la sobriété (nouvelle) de son écriture, à la mise en scène inventive, et surtout au jeu inspiré des comédiens. Il y a aussi une mère qui s’inquiète pour son fils, une jeune fille affligée d’un père-ogre menaçant. Un amoureux « tout de noir vêtu » à la voix déchirante… L’auteur prend prétexte qu’on se trouve à un moment dans un cabaret tenu  par une maîtresse-femme  pour nous gratifier de quelques chansons bien venues. Le suspense règne, le jeu est épidermique et l’enjeu, ce fameux enjeu du « qui va rester avec qui ? » fonctionne à plein. Le temps est suspendu : on aimerait, pour le coup, que cela dure encore. La moralité semble être : On aime QUI vous aime. Encore que ce soit loin d’être aussi simple."

 

Article d'Ondine Marin - Le souffleur

 

"Ils poursuivent toujours l’amour sans qu’il soit réciproque, comme chez les personnages de Racine, justement, parce que cet amour donne des ailes. (...) Un chœur émerge tout à fait lorsqu’un chant polyphonique est entamé. Le chant est envoûtant et donne le ton de la touche merveilleuse et fantastique flottant dans la pièce. Le travail de mise en voix dans les dialogues est fascinant, d’une justesse remarquable, les caractères des personnages émergent à ce moment-là. De même, la voix de baryton d’un des comédiens sert remarquablement bien la figure autoritaire du père de la jeune femme faisant patienter un jeune homme qui lui fait la cour. La langue utilisée vise la profondeur, elle n'est pas à la recherche d'une poésie illusoire, mais d'une poésie du réel comme en témoigne cette traque de l'ange aperçu au bord du lac. Elle dit clairement les métaphores, sans détour, lorsqu’une jeune femme s'apprête à être "dévorée"."

Une fable poétique et contemporaine

 

Cette écriture  de la compagnie Phosphore est un spectacle sous forme de voyage initiatique pour une durée d'1H40 environ

 Les thématiques principales de la pièce

 

Nous naviguons dans un univers où règne la solitude et où l'on recherche l'amour. 
... Le plus grand espoir est-il de ne pas espérer?

Une équipe jeune et conséquente

 

Avec ce spectacle, Phosphore réunit une équipe jeune de huit acteurs, deux costumières, une scénographe et un compositeur

        A l'origine

 

      Comme toute oeuvre artistique, ce projet est la conséquence de l’observation directe de la société qui m’entoure : une société passive, éteinte, enlisée dans la peur, tournée exclusivement vers le passé ou vers le futur et où l’individu est profondément seul. Elle n’est, bien entendu, pas si tranchée que cela, mais il semble que c’est une caractéristique notable des sociétés occidentales. En réponse à cela est arrivée la nécessité de créer ce projet. J’ai alors réuni une équipe de comédiens issus de différents horizons, et pour la plupart de grandes écoles d’arts comme le CNSM, l’ESCA, les Arts décoratifs ou le lycée Paul Poiret, tous unis par une même vision artistique.
Avec eux, j’ai expérimenté divers exercices, divers textes et poèmes que j’avais écrits, et après un an de travail, nous avions réuni assez de matériau pour l’écriture de cette pièce.
      D’autre part, récemment, s'est posée la question de la nécessité du théâtre en France. Nous ne savons que trop bien que le théâtre est régulièrement taxé d’ennuyeux, d’élitiste, entre autres... Et il peut en effet tendre vers un «entresoi» où le spectateur non initié, ou non-artiste se retrouve non concerné par le propos. En quoi le théâtre peut-il encore être nécessaire à un spectateur ? C’est un questionnement-gouffre qui m'obsède auquel je souhaite trouver une réponse à travers ce spectacle. Et pour cela, je souhaite renouer avec l’origine du théâtre, c’est-à-dire "créer un lieu où un groupe d’êtres humains raconte une histoire à un autre groupe d’êtres humains".


        De quoi s'agit-il ? 

 

 Acte I

 

      Un groupe d’hommes exécute un rituel près d’un lac dans l’espoir de trouver une réponse qui pourrait les aider à vivre mieux, à vivre tout simplement. Au milieu de ce monde de solitudes s’agitant, Le jeune homme est là, perdu et désirant autre chose. Un soir, il va à une fête avec ses amis et il se retrouve face à La jeune femme, à qui il n’a jamais osé avouer son amour, par peur. Il part sans lui parler, plein de regrets, et se retrouve près du lac de son enfance. C’est alors qu’une apparition d’une beauté éclatante surgit devant lui : cette lumière l’absorbe, puis disparaît avant qu’il n’ait pu lui parler. Mais cette fois, il décide d’agir et de la retrouver, où qu’elle soit.


 Acte II

 

      Il part à la recherche de cette vision, laissant derrière lui sa mère et ses amis, et se retrouve deux mois plus tard dans une autre ville, dans un cabaret. Là, par hasard, il croit retrouver celle qu’il avait aperçue au lac. En réalité, il s’agit de La fiancée. Il va vers elle mais Son fiancé, qui était là, le tabasse et le fait sortir. Il rentre chez lui. On voit alors La jeune femme le suivre. Sur le pas de sa porte, elle lui avoue son amour. Mais Le jeune homme la refuse, ce qui amène La jeune femme à fréquenter un des habitués du cabaret. Le lendemain, Le jeune homme retourne au cabaret, où il apprend que La fiancée ne reviendra plus ici, mais Le chanteur vedette du cabaret l’invite à une fête d’adieu qu’elle organise. Il y va, dérobe La fiancée aux yeux des autres invités et lui assène son amour. Elle ne comprend pas ce qu’il lui dit, et appelle à l’aide Le fiancé. Le jeune homme fuit. Il retourne alors au cabaret pour retrouver La jeune femme, qui apparaît au bras de son nouvel amant. Il comprend alors qu’il a tout perdu pour avoir couru derrière une chimère et repart vers son point de départ.


 Acte III

 

      Il y retrouve sa mère et ses amis, et la vie pourrait reprendre son cours normal, mais l’on voit qu’il a été transformé en homme d’action par ce voyage, lui qui était un homme de réflexion et de plainte. Il est désormais beaucoup plus lucide. Il retourne au lac, «là où tout a commencé, pour tout y finir». Il y voit la vision qu’il a eue avant de partir en voyage, veut la rejoindre mais est arrêté par son Ami qui essaie de le raisonner. Le jeune homme lui fait comprendre sa nécessité d’y aller, et part finalement la rejoindre dans le lac. Une fois disparu, La jeune femme arrive à son tour près du lac, mais trop tard.

        Extrait de la note d'intention 

Le thème de l'Espoir

 

      Dans la mythologie grecque, l’Espoir est le seul des maux contenus dans la boîte de Pandore qui y reste. Cette énigme m’a questionné. L’espoir est-il un mal? On nous a pourtant appris que c’était une bonne chose...? Dans la mythologie grecque, l’Espoir est le seul des maux contenus dans la boîte de Pandore qui y reste. Cette énigme m’a questionné. L’espoir est-il un mal? On nous a pourtant appris que c’était une bonne chose...? 
    J’ai remarqué, personnellement, qu’espérer quelque chose m’a toujours éloigné de cette chose et du présent. L’espoir peut constituer une fuite devant l’action, une protection contre la vie, et ainsi ce serait uniquement lorsque nous ne nous nourissons plus aucune attente que le présent serait à portée de main. En ce sens, la pièce se veut être un manifeste pour l’action, contre la passivité. Car ce goût que nous avons pour l’attente me semble malheureux, voire même dangereux. L’espoir étant - avec la conscience de la mort - la seule chose qui différencie l’Homme de l’animal,le plus grand espoir serait d’en être libéré.
    Cette pièce parlant principalement d’un espoir amoureux et de la perte d’un véritable amour possible, l’objectif est aussi que le spectateur n’ait qu’une envie en sortant de la salle : dire «je t’aime» aux personnes auxquelles il tient. C’est essentiel. Rien ne nous attend et rien ne nous attendra jamais, que la mort; et l’unique chose splendide de cette vie, c’est précisément de vivre le plus possible dans l’instant présent, et aimer.

 

L'écriture

 

      Le théâtre étant pour moi le seul lieu où l’on peut et doit encore mettre la langue au centre, il m’a semblé important d’écrire une langue particulière, tout en veillant à ce qu’elle puisse être fluide dans la bouche des acteurs que j’ai choisis. Le théâtre étant pour moi le seul lieu où l’on peut et doit encore mettre la langue au centre, il m’a semblé important d’écrire une langue particulière, tout en veillant à ce qu’elle puisse être fluide dans la bouche des acteurs que j’ai choisis. 
    Le texte oscille entre une langue poétique et une langue très directe, presque triviale. Cela se traduit aussi dans la structure dramaturgique : les scènes «dramatiques» alternent avec des scènes beaucoup plus légères en apparence. Cette dualité est, je crois, nécessaire afin de donner cette ambiguité entre le rêve et la réalité dans laquelle je souhaite plonger le spectateur.
    Par ailleurs, il est important  de préciser que ce texte a été écrit pour ces comédiens, selon leur personnalité et leur façon de parler. Par conséquent, chaque session de travail est une occasion de parfaire le texte afin qu’il soit au plus près d’eux. Cette pièce est donc une matière vivante, en perpétuelle évolution. 

 

Idée générale

 

      Faire un théâtre pour le spectateur, quel qu’il soit, et non plus un théâtre pour habitués. Cela induit l’idée de ne pas faire un spectacle où l’on assène des images et des vérités que le spectateur doit ingurgiter, mais bien de lui suggérer des images et des idées et de lui laisser la liberté d’en faire ce qu’il souhaite.  Faire un théâtre pour le spectateur, quel qu’il soit, et non plus un théâtre pour habitués. Cela induit l’idée de ne pas faire un spectacle où l’on assène des images et des vérités que le spectateur doit ingurgiter, mais bien de lui suggérer des images et des idées et de lui laisser la liberté d’en faire ce qu’il souhaite.  A cela, il y a un effet escompté : rendre le spectateur actif par son imaginaire. Ainsi, le spectateur et l’équipe artistique font chacun la moitié du chemin pour se rencontrer et créer un objet artistique ensemble. 
Pour parvenir à cela, tout est mis en oeuvre pour stimuler l’imaginaire du spectateur : le texte, les lumières, le jeu des acteurs, la scénographie volontairement pauvre, les costumes et la mise en scène qui produit des «échos» tout au long du spectacle (par exemple par des images se répondant d’une scène à l’autre, par des chants se ressemblant mais étant légèrement différents). Cela joue donc sur l’impression de «déjà-vu», si théâtrale.
    Je souhaite amener le spectateur à un endroit entre le rêve et la réalité, entre un conte et une tragédie, entre une immersion totale et une distanciation nette.

 

Quant aux acteurs...

 

      Le travail que je leur ai demandé a été de contrer l’écriture et ses aspects poétiques pour éviter l’écueil de l’abstrait. La vraie poésie n’est pas une parole vaporeuse, et «jolie». C’est une parole concrète, où chaque réplique doit agir sur le partenaire, sinon c’est de la littérature. Mon exigence à ce niveau est telle que je demande aux acteurs d’être dans une honnêteté bienveillante et absolue avec leurs partenaires. Par exemple, si un acteur articule mal une phrase, son partenaire est en droit de lui demander de répéter, plutôt que de faire semblant de comprendre. Je souhaite que les acteurs «se parlent» réellement sur un plateau. Toutefois, il ne s’agit pas pour autant de réduire le poids des mots. En effet, il me tient à coeur de ne pas banaliser le propos. C’est là un autre écueil à éviter. Le travail que je leur ai demandé a été de contrer l’écriture et ses aspects poétiques pour éviter l’écueil de l’abstrait. La vraie poésie n’est pas une parole vaporeuse, et «jolie». C’est une parole concrète, où chaque réplique doit agir sur le partenaire, sinon c’est de la littérature. Mon exigence à ce niveau est telle que je demande aux acteurs d’être dans une honnêteté bienveillante et absolue avec leurs partenaires. Par exemple, si un acteur articule mal une phrase, son partenaire est en droit de lui demander de répéter, plutôt que de faire semblant de comprendre. Je souhaite que les acteurs «se parlent» réellement sur un plateau. Toutefois, il ne s’agit pas pour autant de réduire le poids des mots. En effet, il me tient à coeur de ne pas banaliser le propos. C’est là un autre écueil à éviter. 
    Le corps des acteurs n’est pas négligé : nous nous sommes inspirés de la biomécanique de Meyerhold et du théâtre japonais pour que chaque geste soit dessiné afin de lui donner une place et un sens, créant ainsi de nouvelles tensions pour le spectateur.

 

Scénographie 

 

      La scénographie répond à la volonté d’un théâtre pauvre. Un panneau lisse en bois, placé en fond de scène, contenant un lit, une porte, une chaise amovibles, et des rubans LEDs d’une part; et d’autre part deux voilages en avant-scène et en fond de scène permettant des transparences, ou d’obstruer la vue. Avec ces quelques éléments seulement, nous pouvons créer de nombreux lieux, tout en préservant l’activité de l’imagination du spectateur.

 

Lumière

 

      La lumière est tout aussi subtile, en jouant sur ce qui est visible et sur ce qui est non-visible, par des jeux de transparence, par une sous-exposition volontaire des corps et des visages des acteurs. Un acteur était invisible derrière un voilage et apparaît subitement, pour disparaître aussitôt. Par ailleurs, la présence d’ombres a été au centre de nos préoccupations.La lumière est tout aussi subtile, en jouant sur ce qui est visible et sur ce qui est non-visible, par des jeux de transparence, par une sous-exposition volontaire des corps et des visages des acteurs. Un acteur était invisible derrière un voilage et apparaît subitement, pour disparaître aussitôt. Par ailleurs, la présence d’ombres a été au centre de nos préoccupations. Tout est mis en oeuvre pour pouvoir jouer sur ce double monde de la réalité et du rêve.

 

Costumes

 

      Côté costumes, nous sommes là aussi dans une épure tout en s’attachant à ne pas s’identifier à une époque particulière même si l’influence du théâtre japonais s’exprime dans les costumes féminins. Le kimono, par exemple, sera décliné sur les personnages de l’Apparition (du lac), de La jeune femme et de La fiancée. Les clowns quant à eux, narrateurs de la pièce, seront vêtus de costumes détonnant avec ceux des autres personnages et sont dotés d’un système d’éclairage indépendant, au même titre que l’Apparition. D’autre part, nous avons choisi de développer un thème précis : il s’agit de rendre compte de la confusion du jeune homme entre ses rêves et la réalité. En effet, les personnages qu’il côtoie répondent à cette dualité rêverie/réalité et c’est pour cela que la majorité des acteurs jouent deux rôles. Il s’agit d’installer un jeu de doublons entre leurs deux rôles ; leurs deux costumes comportant des éléments similaires qui permettent de créer une correspondance (comme La mère et La tenancière ; L’Ami et Le chanteur…). Ainsi le public peut partager le trouble du jeune homme.

 

Musique

 

      La musique, très présente, a été exclusivement composée par notre compositeur qui a cherché un univers très singulier tout en étant très cohérent. Nous voyageons ainsi par la musique, à travers les cabarets brechtiens des chanteurs mélancoliques; les choeurs rituels inspirés des grecs; et les valses mélancoliques orchestrées ou jouées à l’orgue de barbarie. La musique, très présente, a été exclusivement composée par notre compositeur qui a cherché un univers très singulier tout en étant très cohérent. Nous voyageons ainsi par la musique, à travers les cabarets brechtiens des chanteurs mélancoliques; les choeurs rituels inspirés des grecs; et les valses mélancoliques orchestrées ou jouées à l’orgue de barbarie. 
    Là aussi, comme pour les costumes, une attention particulière a été portée pour ne pas parodier une période artistique donnée.

 

        Qui?

 

Hugo Jasienski
Comédien
Martin Karmann
Comédien
Fannie Lineros
Comédienne
Laura Segré
Comédienne
Gaia Singer
Comédienne
Laurène Thomas
Comédienne
Loris Verrecchia
Comédien

       Mais aussi

Hollie Barrett
Costumière
Juliana Bettarel
Scénographe
Odélia Rabusseau
Costumière
Florent Senia
Compositeur