• François Gardeil et Fannie Lineros
Yukio Mishima

Les trois couleurs primaires

Une traduction inédite du japonais

 

Première pierre d'une longue série à suivre, Les trois couleurs primaires présente un trio amoureux sur la plage, en plein été, pour une durée d'1H environ

Les thématiques principales de la pièce

 

Yukio Mishima peint ici une critique de la société bourgeoise et de sa morale. Il expose une pensée très poussée et peu conventionnelle de l'amour. 

L'esthétique globale de la mise en scène

 

Dans ce spectacle, l'esthétique s'inspire de certaines formes japonaises (butô, kabuki) en mettant au premier plan leur épure absolue

        Une pièce qui n'avait jamais été traduite en français

 

      Lorsqu'il découvre dans sa langue originale Les trois couleurs primaires (三原色) en 2013, Adrien Guitton n'hésite pas une seconde et se lance dans sa traduction et son adaptation. Commence alors pour lui un travail passionnant consistant à trouver le mot, le rythme, la sonorité qui seront justes en s'efforçant toujours de ne trahir ni le japonais, ni le français. Suite à ce travail théorique, de traduction pure, le texte a été mis à l'épreuve de la scène par le biais des acteurs afin de trouver l'organicité du texte, pour ne pas tomber dans l'écueil de nombreuses traductions, se contentant d'être purement littéraires et donc injouables. 

 

        En quelques mots...

 

      C’est une pièce d'une heure, en un acte et cinq scènes écrite en 1955, alors que Mishima se découvre une passion pour le soleil du classicisme et qu’il veut rejeter sa noirceur romantique.

      Keiichi a 25 ans, il est le mari de Ryoko, qui est âgée de 19 ans. La pièce se situe dans le jardin d’une villa qui donne sur la mer.

      Lui et Ryoko sont l’archétype du jeune couple beau, et bourgeois, mais Keiichi ne trouve pas de satisfaction dans cette situation : « J’ai l’impression qu’il me manque quelque chose » dit-il dès le début de la pièce. Il cherche la raison de son existence, qu’il nomme son « fantôme ». Lui, trouve un accomplissement dans la beauté, tandis que Ryoko se satisfait de sa situation de jeune femme mariée et amoureuse. Suite à leur discussion, Keiichi part nager, mais avant cela, il informe sa femme qu'il a invité son ami, Shunji qui a 19 ans, lequel semble insupporter Ryoko. Nous comprenons bien vite pourquoi : ils ont eu une relation adultère.

      Keiichi part alors qu'arrive Shunji qui trouve la situation naturelle, contrairement à Ryoko. Il expose ses théories sur la beauté, sur le temps présent, sur la vie, ce qui aura pour effet de séduire à nouveau Ryoko. Ils s'embrassent.

      C’est à ce moment-là que Keiichi revient sur la plage. Il voit le baiser et se sent alors vivre. Mais au lieu d’être en colère, il semble hébété et satisfait. Ryoko ne comprenant pas sa réaction, part à son tour vers la mer pour «réfléchir».

      Se trouvant alors seuls, Shunji explique à Keiichi pourquoi il a agi de la sorte, et lui avoue que c’est par amour pour lui qu’il l’a fait. Keiichi avoue de même son amour pour Shunji. A leur tour, ils s’embrassent au moment où Ryoko revient de la mer, elle les voit.

      Elle veut alors partir, mais les deux hommes la retiennent et lui expliquent qu’ils ne peuvent atteindre la joie que s’ils sont unis et amoureux tous les trois ensemble, ce qui apparaît comme une évidence pour chacun des trois personnages.

        Extrait de la note d'intention d'Adrien Guitton

 

      Pour commencer, il faut dire que cette pièce me fait étonnamment penser à L'échange de Paul Claudel. A cela deux raisons : le thème de l’adultère et l’attitude prise face à cela d'une part, et d'autre part, comme Claudel semble l’avoir fait avec ses quatre personnages dans L'échange, Mishima s’est divisé dans ses trois personnages. Ainsi, Keiichi fait penser à Louis Laine par sa beauté et son envie de vivre sa jeunesse, Ryoko, elle, fait penser à Marthe pour son respect des règles de la société, et Shunji fait penser à Lechy, par son essence quasi-métaphysique et poétique. Chacun des personnages de la pièce représente des facettes différentes et très singulières de Yukio Mishima, et pour cette raison, il me semble que cette pièce est une de ses pièces majeures. C’est pour cette similitude que quelques vers de L'échange ont été ajoutés au texte original. D'autre part, un prologue, Being Beauteous d’Arthur Rimbaud, a aussi été ajouté. Il est dit par Ryoko, et fait un parfait écho à l’entité immatérielle qu’est Shunji. Ce premier tableau rappelle les fantômes du théâtre Nô tout en étant dans une littérature occidentale : nous sommes là à la frontière qui caractérisait Mishima. Ce prologue permet aussi de créer l'atmosphère présente dans la pièce.
      Concernant le travail, nous nous sommes inspirés du théâtre japonais, que ce soit par les mouvements, les images ou encore par l’éventail qui acquiert plusieurs utilités (il symbolise la lune, un oiseau, par exemple). Le butô aussi a été une de nos sources d’inspiration. Faire sentir cette tension permanente qu’il y a dans le théâtre japonais, dans une épure parfaite, voilà ce vers quoi nous nous dirigeons. Et pour cela : les acteurs, un carré de tissu beige sur le sol, et une table basse, deux chaises, une radio, un livre, un éventail, et la mer au fond, entité qui fascine, qui attire, et qui effraie Mishima, représentant à la fois la mort et la vie.

      Enfin, les thèmes « politiquement incorrects » abordés par Mishima dans cette pièce sont épineux, comme toujours, et c'est aussi ce qui nous séduit : par exemple, il aborde clairement l’homosexualité, qui reste un sujet malheureusement difficile, et pour cette raison il est nécessaire d’en parler. D'autre part, il évoque la possibilité d’un bien-être par une chose moralement interdite par la société.

      Il me semble que ce sont des sujets qui méritent d’être dits et entendus.

       Qui?

Hugo Jasienski
Comédien
Fannie Lineros
Comédienne